Un film de Michael Haneke
Résumé
Un couple et leur fils unique passent leurs vacances dans une maison au bord d’un lac. Un jour, deux jeunes hommes se présentent chez eux sous un prétexte anodin. Mais les deux garçons vont séquestrer la famille et leur faire subir les pires tortures avec une promesse: celle que le lendemain matin, leur calvaire prendra fin puisqu’ils seront tous les trois morts.
Œuf mécanique
Présenté au festival de Cannes en 1997, Funny Games de Michael Haneke a provoqué un tollé et déclenché une colère mémorable de Nanni Moretti, président du jury à l’époque. Depuis cette date, le film continue de diviser, entre fascination pour certains et rejet viscéral pour d’autres. Il faut dire qu’Haneke propose au spectateur une expérience cinématographique radicale, dont la vision laisse des traces bien après le générique de fin.
Si le sujet du film s’apparente au genre bien connu du home invasion, Funny games s’en démarque par une forme totalement épurée, privilégiant le hors-champ et une mise en scène à la froideur clinique. Baignant dans une lumière plate et terne, le film montre peu et force le public à imaginer l’horreur plutôt qu’à la consommer passivement. Il en résulte un malaise profond, qui questionne notre rapport à la violence et à sa représentation sur un écran.
Funny games fonctionne ainsi comme un miroir tendu au spectateur et s’inscrit dans la droite lignée d’Orange Mécanique de Stanley Kubrick (la dimension philosophique et politique en moins). Une approche totalement assumée de la part du réalisateur, qui dira en interview : «Quiconque quitte la salle n’a pas besoin de ce film; toute personne qui reste jusqu’au bout en a besoin».
Fiche technique

- Durée : 1h48
- Réalisateur : Michael HANEKE
- Pays d’origine : Autriche
- Distribution : Suzanne Lothar – Ulrich Mühe – Arno Frish – Franck Giering
- Date de sortie : 1997
- Genre : thriller dramatique
Plan culte
Séance
Mardi 7 octobre à 19h30 (Cinéma Artplexe)

Recommandations
- Orange Mécanique (Stanley Kubrick)
- Irréversible (Gaspard Noé)
- C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux)
- Canine (Yorgos Lanthimos)
- 8mm (Joël Schumacher)
- Mise à mort du cerf sacré (Yorgos Lanthimos)
- American nightmare (James DeMonaco)
- Amercan psycho (Mary Harron)
- Panic room (David Fincher)
- Marche ou crève (Francis Lawrence)
- The strangers (Bryan Bertino)
- La nuit des alligators (Peter Collinson)
- Le prix du danger (Yves Boisset)
- Fleabag (Série)
- Black Mirror (Série)
- Klub des loosers (hip-hop)
La critique du poulpe (par Séraphin)
Le miroir brisé du spectateur
Michael Haneke signe avec Funny Games un film d’une radicalité rare, une expérience cinématographique qui interroge les fondements moraux et politiques de la violence médiatisée. Loin d’un simple film d’horreur ou de home invasion, Funny Games est une œuvre de philosophie politique mise en scène : Haneke dissèque la complicité du spectateur avec le système qu’il prétend condamner.
Dès les premières minutes, le cinéaste place le spectateur dans une position ambiguë : fasciné, impuissant, et finalement complice. La rupture du quatrième mur, lorsque Paul s’adresse directement à la caméra, ne relève pas d’un simple effet de style — elle agit comme un acte politique. Le spectateur, autrefois consommateur passif d’images violentes, devient sujet de la critique. Haneke nous force à reconnaître que notre désir de fiction violente est aussi un désir de domination et de contrôle, exactement celui que la société du spectacle exploite pour maintenir sa logique marchande.

Ainsi, Funny Games devient une allégorie de la violence inhérente au capitalisme médiatique : celle qui transforme la souffrance en produit, le crime en divertissement, et la mort en spectacle rentable. Le film, en refusant toute catharsis ou récompense narrative, renverse les codes hollywoodiens et expose leur hypocrisie morale.
Sur le plan philosophique, Haneke s’inscrit dans une lignée « brechtienne » et « arendtienne » : il refuse l’illusion de la fiction et exige une pensée critique face à l’image. Là où d’autres cinéastes dénoncent la violence en la reproduisant, Haneke la vide de son pouvoir fascinant. Les ellipses, les plans longs, le refus du gore ou de la musique manipulatrice : tout concourt à déstabiliser le spectateur et à l’obliger à penser ce qu’il regarde, plutôt que de le ressentir instinctivement.
On pourrait dire que Funny Games met en scène la « banalité du mal » au sens d’Hannah Arendt. Les deux jeunes bourreaux, polis, cultivés, parfaitement rationnels, incarnent la possibilité du mal dans le cadre ordinaire, civilisé, du monde bourgeois. Ils ne tuent pas par passion, mais par jeu — exactement comme le spectateur consomme la violence pour se divertir. Haneke nous tend un miroir : le mal n’est pas ailleurs, il est dans la normalité confortable de nos plaisirs médiatiques.

Loin d’être une provocation gratuite, Funny Games est un acte de résistance esthétique. En refusant le plaisir narratif, Haneke nous rend notre liberté de jugement. C’est un film profondément politique, non pas parce qu’il prend parti, mais parce qu’il nous force à prendre parti — à interroger notre rapport à l’image, à la responsabilité et à la compassion.
Sous sa froideur clinique, Funny Games cache une ambition profondément humaniste : réveiller la conscience anesthésiée du spectateur contemporain. Ce n’est pas un film qui se regarde, c’est un film qui se subit pour mieux se comprendre





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