NOSFERATU

3–5 minutes

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Un film de Friedrich Wilhem MURNAU

  • Durée : 1h34
  • Pays d’origine : Allemagne
  • Date de sortie : 1922
  • Genre : horreur

Lorsque Nosferatu est projeté au cinéma dans années 20, le 7ème art en était à ses balbutiements et représentait encore une terre inconnue. Le surgissement de ce vampire sur grand écran allait marquer les esprits à jamais

Friedrich Wilhem Murnau est l’un des maîtres de l’expressionnisme allemand, un mouvement artistique figuratif apparu au début du XXe siècle en Europe. Celui-ci a touché de nombreux domaines, dont le cinéma dès 1920, avec des œuvres baroques et très stylisées, qui prenaient délibérément le contrepied du réalisme en vogue à l’époque. On peut citer Le Cabinet du Dr Caligari de Robert Wiene, Les trois lumières de Fritz Lang et, bien entendu, Nosferatu de Murnau. Les trois films ont en commun des décors angoissants, de nombreuses distorsions visuelles, des acteurs au jeu appuyé et une partition musicale extrêmement sombre.

Les films expressionnistes étaient la plupart du temps réalisés en studio, pour laisser libre cours à l’expérimentation plastique et permettre ainsi au réalisateur de créer une ambiance mystérieuse et oppressante. Des choix artistiques que l’on retrouve dans Nosferatu, mais dont Murnau se démarque en tournant de nombreuses scènes dans des décors naturels. Filmées dans la région montagneuse des Carpates, ces séquences offrent de saisissantes échappées dans la nature et donnent une dimension inattendue au récit. Car avec cet ancrage dans une réalité tangible, le réalisateur dépasse le cadre de la stylisation, pour plonger au cœur des pulsions humaines de désir et de mort. Inavouées mais puissantes, elles révèlent des forces obscures dont le vampire est le symbole qu’il sera nécessaire de détruire pour préserver l’équilibre du monde.

Adaptation officieuse et illicite du Dracula de Bram Stoker (Murnau n’ayant pas obtenu les droits du livre paru en 1897), Nosferatu est considéré comme le premier film d’épouvante de l’histoire du cinéma. Un chef-d’œuvre du 7ème art à (re)découvrir absolument.

La critique du Poulpe (par Séraphin)

Ombre grimpante

Dans Nosferatu, F. W. Murnau réinvente la figure du vampire et l’inscrit dans un imaginaire profondément organique, presque végétal, où la nature devient à la fois symbole, présage et menace. L’extrait met justement en lumière cette dimension essentielle du film. Nosferatu est une œuvre où la vie naturelle, loin d’être rassurante, se transforme en vecteur de mort.

Les motifs végétaux jalonnent le récit et fonctionnent comme des signes annonciateurs. Les fleurs offertes par Thomas à Ellen, geste d’amour traditionnel, sont immédiatement frappées d’une ambiguïté troublante. La réaction d’Ellen — « Pourquoi as-tu tué ces fleurs ? » — inverse la symbolique habituelle : aimer, ici, c’est déjà détruire. Cette incapacité à recevoir l’amour humain fait d’Ellen une figure liminale, déjà tournée vers un autre ordre, celui du vampirisme. L’amour sincère se heurte à une sensibilité attirée par la mort, comme si le vivant ne pouvait exister sans être sacrifié.

La maison des Hutter envahie par les plantes grimpantes élargit cette idée à l’espace social. La nature, en plus d’être décorative, prolifère, envahit, contamine. Avant même l’arrivée de Nosferatu, le film installe visuellement la notion de propagation, de maladie rampante. Murnau suggère ainsi que le mal n’est pas une rupture brutale mais une infiltration progressive, un déséquilibre déjà présent dans le monde. La nature devient le miroir du contre-naturel à venir. La plante carnivore observée par le professeur Bulwer cristallise enfin le paradoxe central du film. En la comparant explicitement au vampire, le film établit un lien dérangeant entre science et superstition, entre observation rationnelle et horreur archaïque.

Nosferatu apparaît alors comme une créature paradoxale. Il est assimilable à une forme de vie végétale prédatrice, mais privée de toute relation harmonieuse avec la nature. Il ne photosynthétise pas, fuit la lumière, se nourrit de sang. Il incarne une nature retournée contre elle-même, une anti-vie qui se propage en détruisant le vivant. Ainsi, Nosferatu dépasse le simple film d’horreur pour devenir une méditation sombre sur la dégénérescence, la contagion et la fragilité des frontières entre naturel et monstrueux. En faisant du vampire une figure végétale et pourtant stérile, Murnau compose une vision profondément pessimiste du monde : une nature qui n’engendre plus la vie, mais la mort, et un mal qui ne vient pas d’ailleurs, mais qui germe déjà au cœur du vivant.

Plan culte – Les recommandations

  • M le maudit (Fritz Lang)
  • Fury (Fritz Lang)
  • La nuit du chasseur (Charles Laughton)
  • Dracula (Francis Ford Coppola)
  • Nosferatu (Werner Herzog)
  • Nosferatu (Robert Eggers)
  • Nous sommes la nuit (Denis Gansel)
  • Edward aux mains d’argent (Tim Burton)
  • Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (Brad Silberling)
  • What we do in the Shadow (série)

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