Un film d’Alan PARKER
- Durée : 2h06
- Pays d’origine : Etats-Unis
- Date de sortie : 1989
- Genre : drame policier
Cinéaste à la main un peu lourde (Midnight express), voire carrément roublard (Angel heart), Alan Parker signe avec Mississipi burning son meilleur film. Un thriller nerveux remarquablement mis en scène et porté par un casting impeccable, qui jette un regard glaçant sur l’Amérique
En 1987, fort d’une suite ininterrompue de succès (Birdy, The Wall, Angel Heart) Alan Parker fait partie des réalisateurs les plus en vue d’Hollywood, aux cotés de Steven Spielberg, Sidney Pollack ou encore Brian de Palma. Pour autant, il a de nombreux détracteurs, notamment parmi la critique qui lui reproche son style tape-à-l’œil et son manque de finesse. Il est vrai que Parker vient de la publicité, un domaine peu propice à la rigueur et au réalisme. Mississipi burning mettra tout le monde d’accord, tant du point de vue du public que de la critique.
Produit par une compagnie indépendante, le film est l’adaptation d’un scénario s’inspirant d’événements réels survenus en 1964 dans le Mississippi, pendant la lutte des Noirs pour les droits civiques. Le projet présenté à Parker est une sorte de « package » comprenant, outre le scénario, la distribution, avec Willem Dafoe, dans le rôle de l’agent du FBI idéaliste, Gene Hackman, dans celui du collègue expérimenté à qui on ne la fait pas et Frances McDormand (dont c’est le premier grand rôle) pour jouer l’épouse malheureuse d’un membre du Klan.
De ce matériau, Alan Parker tire un film particulièrement efficace, qui mélange habilement la tension propre au thriller et la défense d’une cause politique. Le climat est lourd et oppressant, la violence est omniprésente, avec des scènes qui font froid dans le dos. Certes, le propos peut paraitre parfois manichéen mais il se justifie par la nécessité de montrer la réalité de l’époque : la cruauté du Klu-Klux-Klan acceptée par une grande partie de la population dont le racisme est ancré au plus profond, une minorité réduite au silence par la peur de représailles et une justice quasi inexistante.
A sa sortie fin 1988, Mississippi Burning fait la couverture du Time et secoue l’opinion en créant la polémique. Alors qu’on lui reproche le faible rôle donné aux Noirs, le réalisateur réplique qu’il s’agit surtout de montrer la bêtise et la barbarie du Klan. Avec ce film, Alan Parker a décidé de jeter un pavé dans la mare et sa démonstration est implacable.
La critique du Poulpe (par Séraphin)
Et si Mississipi burning c’était pas si bien ?
Une église brûle, des hommes disparaissent, et l’air semble chargé d’une haine épaisse. On est saisi, presque mal à l’aise. Le racisme, dès l’intro, est montré comme une terreur quotidienne. Mais, derrière cette puissance émotionnelle indéniable, quelque chose dérange. À force de vouloir frapper fort, le film finit par simplifier ce qu’il prétend dénoncer.
Il faut reconnaître au film une vraie maîtrise. Le duo d’agents du FBI — l’un instinctif et rusé, l’autre rigide et légaliste — fonctionne très bien. Gene Hackman domine l’écran avec un mélange de charme et de brutalité intériorisé, tandis que Willem Dafoe incarne la droiture presque naïve. Leur confrontation donne du rythme et crée une tension constante quoique légèrement manichéenne. La mise en scène est tendue, sombre, oppressante. Les nuits semblent interminables, les regards lourds de menace. Le Mississippi devient un piège et le film réussit son ambition dramatique. C’est peut-être là que commence le problème.

En choisissant de raconter ces événements à travers les yeux de deux agents fédéraux, le film adopte une perspective confortable pour le spectateur. On entre dans l’histoire par des figures identifiables et presque sécurisantes si on est assez naïf pour continuer de croire que le FBI joue un rôle dans la sécurité des citoyens. Ce sont eux qui agissent, qui réfléchissent, qui font avancer l’enquête. Ce sont eux, finalement, qui rétablissent un semblant de justice. Les militants noirs, pourtant au cœur des événements réels du Freedom Summer, restent en arrière-plan. Ils subissent, ils souffrent, ils témoignent — mais ils ne dirigent pas le récit. Cette focalisation réduit un mouvement collectif à une intrigue policière. La lutte pour les droits civiques devient le décor d’un thriller sur l’efficacité du FBI.
Le monde du film est structuré de façon binaire : les racistes sont monstrueux, caricaturaux dans leur brutalité ; les agents fédéraux, malgré leurs méthodes discutables, incarnent le progrès et la raison. Cette opposition nette facilite l’identification, mais elle a un coût : elle écrase les nuances. Ce schéma s’applique à de nombreux films étasuniens, encore plus depuis le 11 septembre (voir Zero Dark Thirty).

Le personnage de Hackman utilise l’intimidation, la manipulation, parfois la violence indirecte. Le film semble dire : face au mal absolu, ces méthodes sont nécessaires. La question morale est posée, mais elle est vite absorbée par l’efficacité dramatique. On ne doute pas longtemps du camp à soutenir. Or l’histoire réelle des droits civiques ne se résume pas à une victoire tactique d’hommes en costard cravate. Il s’agissait plus d’hommes et de femmes avec des vestes en cuir et des casquettes Kangol. Cette lutte fut longue, complexe, menée par des communautés entières au prix d’un courage extraordinaire. En ramenant cette réalité à un duel entre représentants de l’État et membres du Ku Klux Klan, le film rend l’histoire plus lisible — mais aussi plus pauvre.
Cela ne signifie pas que Mississippi Burning soit inutile ou malhonnête. Il a eu le mérite, à la fin des années 1980, de rappeler à un large public la violence du racisme institutionnel américain. Mais c’est un film qui préfère l’efficacité à la complexité. Il transforme une mobilisation collective en récit de sauvetage. Il oppose le bien et le mal sans laisser beaucoup d’espace aux zones grises. C’est un film frustrant. Comme si l’histoire racontée était plus simple que la réalité qu’elle prétend évoquer. Mississippi Burning impressionne, indéniablement. En même temps la violence du racisme américain est impressionnante. Pourtant, il donne parfois le sentiment d’avoir aplati une tragédie complexe pour en faire un grand spectacle moral. Avez-vous besoin d’Alan pour décider de ce qui est bon ou mauvais ?
Plan culte – Les recommandations
- Django unchained (Quentin Tarantino)
- Sinners (Ryan Coogler)
- Dans la chaleur de la nuit (Norman Jewison)
- BlacKkKlansman (Spike Lee)
- Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (Melvin Van Peebles)
- A time to kill (Joël Schumacher)





Laisser un commentaire