Un film de Dario ARGENTO
- Durée : 1h38
- Pays d’origine : Italie
- Date de sortie : 1970
- Genre : giallo (horreur)
En 1970, Dario Argento réalise L’Oiseau au plumage de cristal et pose les bases d’une esthétique qui marquera profondément le cinéma d’horreur. Peu de cinéastes peuvent s’enorgueillir d’avoir réussi un tel premier film, qui ouvre la voie à une filmographie d’une remarquable créativité
Si Mario Bava est à l’origine du giallo (genre typiquement italien, qui mêle thriller et horreur), c’est bien Argento qui en systématise les règles et en popularise l’esthétique. Ce dernier, avant de passer derrière la caméra, s’était illustré comme critique et scénariste, notamment en collaborant à l’écriture d’Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Cette expérience, riche et formatrice, lui donne l’audace de s’emparer d’un roman noir pour en tirer une adaptation libre, aussi ambitieuse que personnelle.
Ce qui frappe, c’est à quel point ce premier long-métrage porte déjà la griffe inimitable d’Argento et de la virtuosité formelle dont il fera preuve dans toutes ses œuvres ultérieures. Malgré les influences multiples (notamment Hitchcock, dont il reprend les mécanismes de suspense) le film les dépasse en y injectant une réelle modernité visuelle et narrative. Le réalisateur brise la chronologie du récit, multiplie les arrêts sur image, les inserts surprenants et les plans subjectifs, créant une expérience cinématographique aussi déstabilisante qu’hypnotique.
L’Oiseau au plumage de cristal s’avère être un film profondément original et reste, encore aujourd’hui, une référence incontournable du genre. À sa sortie, il connut un succès certain au box-office italien et surtout reçut un accueil enthousiaste lors de son exploitation aux Etats-Unis.
La critique du Poulpe (par Natan)
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Attention spoilers
L’oiseau au plumage de cristal (1970) est le premier long-métrage du réalisateur italien Dario Argento et on peut déjà y décerner les nombreux attributs caractéristiques qui feront sa renommée par la suite. A l’époque, le réalisateur de Suspiria peut déjà se targuer d’une brillante carrière de scénariste, marquée notamment par l’écriture d’Il était une fois dans l’Ouest. Pour sa première réalisation, il est donc question de Giallo, un genre qui s’ancre dans le cinéma italien des années 60 à 80, associant les codes du thriller policier et du cinéma d’horreur, sans oublier un certain érotisme. Dario Argento va s’approprier ces codes afin de mieux les transcender, en y ajoutant une esthétique très personnelle qu’il affinera tout au long de sa carrière.

L’intrigue s’ouvre sur Sam Dalmas, un écrivain américain venu en Italie pour des raisons professionnelles et qui s’apprête à rentrer aux Etats Unis. Un contexte glaçant accompagne cette introduction puisque la ville est entre les griffes d’un tueur en série dont les victimes sont de belles et jeunes femmes. Le destin de Sam va basculer lorsqu’un soir il se retrouve témoin d’une tentative de meurtre dans une galerie d’art. Une femme du nom de Monica échappe de peu à la mort, blessée à la suite d’une lutte intense avec son agresseur. Sam est certain d’avoir vu quelque chose, un détail essentiel qui pourtant échappe à sa mémoire. Il devient alors un témoin inestimable pour la police, ainsi qu’une menace potentielle aux yeux du tueur. Notre protagoniste est donc pris malgré lui dans cette affaire de meurtres en série, et plutôt que de subir les investigations, il devient acteur de l’intrigue en décidant de mener sa propre enquête. S’ensuit alors une série de péripéties policières au cours desquelles l’enquête semble stagner, tandis que l’ombre du tueur plane de plus en plus sur Sam et sa compagne. Les meurtres continuent et leur auteur parait hors d’atteinte, se jouant même des forces de l’ordre. A l’issue d’une collaboration entre le commissaire Morosini et notre self made détective, les pistes convergent vers un suspect déjà connu des spectateurs, puisqu’il s’agirait de l’époux de Monica, dont Sam fut le témoin de l’agression. Mais cela semble trop simple, presque grossier, et en effet, on découvre dans un climax suffoquant le véritable coupable. Il s’agît non pas d’un meurtrier mais bien d’une meurtrière. En effet, Monica, qu’on croyait victime, était en fait l’assassin, son mari étant devenu son complice pour la protéger. Après cet ultime retournement de situation, Sam peut enfin quitter l’Italie pour regagner son Amérique natale avec sa compagne, sains et saufs.

Ainsi, avec L’Oiseau au plumage de cristal, nous sommes pris dans un thriller haletant à l’esthétique unique. Pour un premier film, Dario Argento fait la démonstration d’une impressionnante maitrise de la mise en scène, débordante de créativité et de de précision. La caméra semble toujours bien placée, offrant un point de vue à la fois distant et intime. Les nombreux plans subjectifs procurent chez le spectateur le sentiment d’être complice du voyeurisme du tueur. On peut également relever les cadrages serrés qui nous font ressentir le poids, la menace qui pèse sur les protagonistes et les victimes tout au long du film. Un goût du suspens et de l’intrigue emprunté au cinéma d’Hitchcock, auquel il fait souvent référence.

Une autre des caractéristiques du cinéma de Dario Argento déjà présente ici est l’esthétisation de la violence à son paroxysme, une violence perverse et sadique. Tout en respectant les codes du Giallo traditionnel (notamment par l’utilisation d’objets fétiches comme les gants, l’imperméable ou les armes blanches), il modernise le genre avec une approche esthétisée et baroque qui ne manque pas de séduire et de choquer le spectateur de l’époque. Il faut enfin noter la thématique de l’érotisme, que ce soient les victimes, des ravissantes jeunes femmes, ou bien la tenue intégralement en cuir du tueur par exemple.
Dario Argento parvient donc à créer un Giallo différent et novateur, jusqu’à en révolutionner le genre, tout en rendant hommage à ses prédécesseurs. En signant ici son premier succès, il gagnera la confiance des producteurs ce qui lui permettra de réaliser dans la foulée deux autres films du même ton (Le Chat à neuf queues et Quatre Mouches de velours gris) formant ainsi la célèbre Trilogie Animale. Plus tard, il réalisera ses films les plus populaires à savoir Suspiria, Inferno et Ténèbres, délaissant progressivement l’intrigue policière pour ne plus se consacrer qu’à l’onirisme cauchemardesque de son esthétique si singulière.
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