LE BON LA BRUTE ET LE CINGLÉ

4–6 minutes

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Un film de Kim JEE-WOON

  • Durée : 2h19
  • Pays d’origine : Corée du sud
  • Date de sortie : 2008
  • Genre : néo western

Après A bitersweet life, polar stylisé et ultra violent, Kim Jee-Woon délivre avec Le bon, la brute et le cinglé un film d’action échevelé et foutraque, qui emprunte tant au western spaghetti qu’au film d’aventures asiatique

À la lecture du pitch, totalement improbable, Le Bon, la brute et le cinglé tient parfaitement ses promesse : spectaculaire, drôle, rempli de seconds rôles savoureux, et furieusement déjanté. Kim Jee-woon mélange allègement les références et les péripéties, dans une œuvre  jouissive au rythme démentiel.

Moins sophistiqué que ses précédents films et surtout moins sérieux, Le Bon, la brute et le cinglé s’inscrit dans une démarche artistique à la fois régressive et réjouissante, qui place le scénario au cœur de son dispositif. La mise en scène reste soignée, avec notamment un grain et une photographie somptueux, mais c’est vraiment la narration qui occupe l’écran, enchainant poursuites, révélations diverses et batailles homériques. On nage en plein délire, avec une succession de séquences hilarantes et complètement décalées.

Certes, l’accumulation de surprises scénaristiques et la surenchère de cascades-bagarres-fusillades confèrent parfois à l’ensemble une impression de grandiloquence. Mais malgré tout, le film reste un excellent divertissement et procure un plaisir sans partage pour les amateurs de cinéma bis (et de cinéma tout court).

La critique du Poulpe (par Séraphin)

Il était une fois en Mandchourie

Avec Le bon, la brute et le cinglé, Kim Jee-woon déplace le western américain en Mandchourie et le débarrasse de son territoire. Car le western est peut-être moins un genre lié à l’Ouest qu’une forme qui cherche sans cesse un nouvel endroit où s’installer. Hollywood avait fait de la frontière américaine un espace mythologique ; Sergio Leone avait déjà déplacé cette frontière vers les paysages espagnols pour réinventer le mythe américain depuis l’Europe. Kim Jee-woon pousse son déplacement encore plus loin : son Far West est là Mandchourie des années 1930, territoire colonial, à la fois chinois, coréen japonais, peuplé de bandits, de soldats et de migrants. Le western devient alors un genre sans patrie, une forme nomade qui survit précisément parce qu’elle n’appartient plus à personne. 

Le déplacement n’est pas que géographique. La Mandchourie du film est un territoire où les catégories cessent de fonctionner. On ne sait pas quel personnage est un résistant, un bandit ou un mercenaire. Les identités ne sont pas stables. Ainsi, la grande course au trésor est une course à travers un territoire qui rejette l’organisation. Les personnages traversent la Mandchourie comme ils traversent les genres : sans jamais pouvoir s’y fixer. 

La géographie du film est étrange. Plus il nous donne des renseignements verbaux sur l’espace du récit, moins les images semblent capables de le rendre vraiment visible. La Mandchourie se transforme en une immensité dans laquelle on circule plus qu’on ne s’oriente. La parole prétend cartographier le territoire, tandis que l’image le rend opaque. Paradoxe : plus les personnages savent où aller, moins nous avons le sentiment qu’ils savent où ils sont. 

La perte de repères est directement liée à la situation historique. Ces personnages coréens sont eux-mêmes des êtres déplacés, pris dans une Mandchourie colonisée par les Japonais. Cela n’empêche pas le cinéaste de leur donner une puissance physique démesurée. Ils chutent, explosent, pillent des trains, échappent à des poursuivants. Leur vulnérabilité historique se transforme en invincibilité cinématographique. Nous sommes face-là à une contradiction passionnante : des hommes sans territoire deviennent des corps que le cinéma rend impossible à arrêter. Il y a une tension entre le statut colonial et migrant des protagonistes et l’autonomie active que leur confèrent les scènes d’action. 

Il est donc simpliste de croire que Kim Jee-woon a voulu refaire Le Bon, la Brute et le Truand, car on film possède plusieurs modèles. Il dialogue effectivement avec Sergio Leone, mais aussi avec Break Up the Chain, le western coréen de 1971 réalisé par Lee Man-hee. Kim Jee-woon remonte la généalogie d’un genre déjà constitué de déplacements et d’appropriations. Après avoir été américain, italien et coréen, le western revient sous la forme spectaculaire et dans un environnement Mandchou. Le Bon, la Brute et le Cinglé raconte l’histoire d’un genre qui change de territoire. De là émerge l’esthétique monstrueuse du film, avec ce mélange de Leone, de cinéma d’action coréen, de film d’aventure, de burlesque, de cinéma hong-kongais. La forme est elle-même migrante. 

Les trois personnages sont, au premier abord trois archétypes distincts. Sauf que la Mandchourie les contamine progressivement. Le Cinglé, surtout, finit par rendre cette classification absurde : il peut être lâche, puis héroïque, intéressé puis généreux, ridicule puis invincible. Yoon Tae-goo survit parce que c’est le plus chaotique des trois, capable d’occuper successivement la place du bon et celle du mauvais. Tae-goo est un personnage sans place fixe, dans un territoire sans frontières stables, au sein d’un genre qui n’appartient plus à personne. Il gagne parce qu’il est capable de changer de forme. 

En faisant du western une forme de déracinement, Le Bon, la Brute et le Cinglé s’avère être un film plus intéressant que son classique statut de pastiche. Il s’empare d’un genre fondé historiquement sur la conquête d’un territoire et le transforme avec des personnages qui n’ont justement aucun territoire à conquérir. Ils courent après une carte, un trésor, une identité, une place, mais chaque fois qu’ils semblent atteindre quelque chose, le film déplace encore la ligne d’horizon. C’est un film sur ceux qui n’ont jamais eu d’Ouest à eux.

Plan culte – Les recommandations

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  • Lucky strike (Yong Hoon-Kim)
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  • Sukiyaki western Django (Takashi Miike)
  • Les 8 salopards (Quentin Tarantino)
  • Sisu (Jalmari Helander)
  • Machette (Robert Rodriguez)
  • The raid (Gareth Evans)
  • El chuncho (Daminano damiani)
  • A toute épreuve (John Woo)
  • Les aventuriers de l’Arche perdue (Steven Spielberg)
  • Blood simple (Joël & Ethan Coen)
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