Un film de Sam RAIMI
- Durée : 1h35
- Pays d’origine : Etats-Unis
- Date de sortie : 1987
- Genre : horreur
Rapidement repéré par les producteurs après le succès d’Evil Dead, Sam Raimi décide en 1987 de réaliser une suite à son film culte. Dès le début du projet, l’idée est d’en faire une sorte de remake, mais en privilégiant cette fois-ci l’humour au détriment de l’horreur pure. Résultat : un film porté par une mise en scène débridée et hystérique, passablement gore mais complètement délirant.
Plus de quatre ans séparent les deux Evil dead, le temps qu’il aura fallu au premier opus pour devenir un film culte (notamment grâce à son carton sur marché de la vidéo) et à Sam Raimi d’acquérir une réputation de petit génie de la caméra. Ce dernier se voit alors courtisé par le grand producteur Dino De Laurentiis qui, après avoir produit son précédent film Mort sur le grill (1985), l’encourage à réaliser la suite d’Evil Dead. Raimi accepte avec enthousiasme cette proposition, qui va lui permettre de réaliser le film qu’il n’avait pas pu faire à l’époque par manque de moyens.
Avec un budget cinq fois supérieur et un tournage en studio, Evil Dead 2 aurait pu donner un objet policé, délaissé de la folie furieuse qui parcourait le premier volet. Heureusement, il n’en est rien et le film, transcendé par l’incroyable inventivité formelle de Sam Raimi, pousse encore plus loin les curseurs du délire horrifique.
Centré sur le personnage de Ash et ses déboires (formidable Bruce Campbell, en totale osmose avec son réalisateur), le film est divisé en deux parties. Dans la première, Ash est seul face aux démons, de plus en plus dépassé par les événements, tandis que dans la seconde il se voit rejoindre dans la cabane par quatre acolytes. Une division finalement assez artificielle tant Evil dead 2 fonctionne comme un tout, véritable tour de force cinématographique qui emporte le spectateur dans une sorte de grand-huit de l’épouvante et du burlesque. Porté par un montage frénétique, le film enchaine les scène sans temps mort, n’offrant au spectateur que quelques rares moments de respiration, avant de s’achever dans un final dantesque.
Avec Evil Dead 2, Sam Raimi réalise incontestablement l’une des meilleures comédies horrifiques de tous les temps, indispensable pour tout fan de cinéma d’horreur… et de cinéma tout court.

La critique du Poulpe (Par Victorin)
Y’a-t-il une tronçonneuse dans ce cabanon ?
Evil Dead II est une suite et un remake ? La question est balayée dès l’introduction : les dix premières minutes résument à elle seule la moitié du précédent opus et permettent de passer à une autre histoire, outrancière et jusqu’au-boutiste. Parti en vacances avec sa future épouse dans une cabane abandonnée, Ash va devoir affronter les forces obscures malencontreusement réveillées par une incantation venant d’un magnétophone.

Ce qui commence comme un film d’horreur somme toute classique, prend des tournures volontairement grotesques, à la limite du kitsch. Les personnages ne sont que des archétypes permettant à l’action de se dérouler, on ne s’y attache pas car on ne s’attarde pas à leur histoire. Ce qui dans un film classique aurait ajouté trente minutes de plus. Or, Evil Dead II part du principe que le public en veut pour ses mirettes, il aura donc droit à 1h20 de montagnes russes, le film ne jurant que par le plaisir de divertir.
Sam Raimi profite d’un budget plus confortable que sur son précédent opus pour s’amuser. Toutes les techniques de montage semblent être utilisées : stop-motion, surimpression, la pellicule est triturée, tordue, maltraitée comme le sont les personnages, qui pour la plupart termineront démembrés. Sans oublier le découpage frénétique 1 et la générosité des décors/maquillages, donnant une impression de folie généralisée.
La simplicité du pitch (des corps possédés par un Mal mystique venant d’un vieux grimoire) permet de tirer toutes les idées possibles d’effets visuels. Ces derniers ne sont pas gratuits, car toujours au service du divertissement « gaguesque » et horrifique. En restant vague quant aux tenants et aboutissants, le film se permet des incohérences renforçant l’étrangeté des situations et l’hystérie généralisée. Le court mais intense moment de folie durant lequel Ash se met à danser avec le reste de la maison fait partie de ces rares instants de cinéma où tout est en suspens et nous emporte quelques secondes hors du film, hors du temps. Grâce à ces séquences, la réalisation, déroutante, prend le public par la main, pour mieux lui tordre le poignet.

L’unité de lieu, une cabane isolée dans la forêt, est tellement surexploitée et la caméra si libre que l’espace restreint devient un véritable bac à sable avec comme seule limite, l’imagination du metteur en scène (aucune, donc). La caméra épouse le regard de l’esprit malfaisant, vole entre les arbres, poursuit les protagonistes jusqu’à détruire le décor de son seul regard2, filme depuis le plafond, le sol, colle au visage des héros ou encore anticipe leurs gestes, menant ainsi la danse et créant elle-même l’action.
Cette liberté de ton et cette inventivité rares ont érigé Evil Dead II en film culte, inspirant de nombreuses œuvres ensuite : Jim Carrey reprendra à sa manière la réplique de Bruce Campbell dans The Mask – leurs expressions et leur jeu hérité du slapstick 3se ressemblent d’ailleurs étrangement – une partie de l’équipe travaillera ensuite pour Buffy et reprendra les mêmes maquillages pour les vampires ou encore les ZAZ qui n’auront pas besoin de forcer le trait pour en faire une parodie. On comprend ces inspirations tant Sam Raimi et son équipe donnent envie de faire des films chez soi, avec peu de moyens et pour seule ligne de mire de s’éclater en passionnés.es.

Avec Evil Dead, Raimi invente un univers simple mais chargé d’ambiance mystique et de potentiel gore et horrifique. En réalisant le second opus, il confirme les codes d’une saga devenue culte et exploite à fond toutes les possibilités de divertir son public. En poussant le concept à son paroxysme, Raimi réalise à la fois un remake, une suite cohérente, un hommage et une parodie, sans perdre foi en son œuvre et réussi à tenir la ligne de crête en faisant sérieusement une œuvre en apparence pas sérieuse.
- Un découpage proche de la Bande Dessinée, ce qui annonce les prémisses de la trilogie Spiderman de Raimi, qu’il réalisera vingt ans plus tard ↩︎
- Gimmick qui sera repris et étiré en gag dans les génériques de la série Y a-t-il un flic ; série de films comiques produit et réalisés par les ZAZ (Zucker Abrahams et Zucker) dans lesquels les gags sont au cœur de l’action et motivent l’histoire. ↩︎
- Le slapstick est un genre cinématographique basé sur un humour burlesque dont la violence physique est prégnante, dont Charlie Chaplin et Buster Keaton sont les maitres ↩︎





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