DOWN BY LAW

4–7 minutes

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Un film de Jim JARMUSH

  • Durée : 1h47
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Date de sortie : 1986
  • Genre : road-movie

Révélé en 1984 avec Stranger than Paradise (qui obtient la Caméra d’Or), Jim Jarmusch connaît la consécration deux ans plus tard avec Down by Law. Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film est un modèle de cinéma ultracool et dilettante, comme seul le réalisateur new-yorkais sait (savait ?) le faire.

Dans Down by law, le jeune cinéaste filme la rencontre improbable entre deux adultes introvertis, sortes d’ados rebelles figés dans la crise de la puberté (John Lurie et Tom Waits) et un troisième larron à la logorrhée inarrêtable (Roberto Benigni). Il en résulte la déambulation à la fois folklorique et contemplative de personnages hauts en couleur, tout aussi paumés qu’attachants. Filmés par un réalisateur qui adore ses héros et ne manifeste à leur égard aucun mépris, si déjantés soient-ils, les acteurs laissent libre cours à leurs émotions, dans un enchaînement de scènes totalement naturel.

Cette évasion un brin amère dans le bayou plonge le spectateur dans une ambiance très deep south (campagnes désolées et villes délabrées), portée par la musique envoutante de John Lurie et Tom Waits (dont les fameux accords de slide guitar qui annoncent le chef-d’œuvre Dead man). Le film s’imprègne de la moiteur des marécages de Louisiane, dans un noir et blanc sublime et de longs plans latéraux hypnotiques, qui font irrésistiblement penser à Wenders (pour qui le réalisateur n’a jamais caché son admiration).

Avec Down by law, Jim Jarmush installe ainsi définitivement son style inimitable et son rythme unique, à la fois languissant et dynamique, silencieux et bavard. À sa sortie, le film fut salué par la critique et le public, notamment en France où il fut l’évènement urbain de l’hiver 86.

La critique du Poulpe (par Victorin)

Jarmush fait mouche

« It’s a sad and a beautiful world ! » Ce mantra clamé par Roberto résume l’ambiance dans laquelle on nous plonge. Les rues de la Nouvelle-Orléans défilent sous les riffs de guitare rock, la misère se dévoile et lézarde les murs dans un noir et blanc somptueux. 

Dans une ambiance années 50, Down By Law s’ouvre comme un film noir. On suit le quotidien de Zack, proxénète désabusé et Jack DJ déprimé, l’un se perd dans ses vices, l’autre se laisse bouffer par sa passion, tous deux rongés par l’alcool. Mais l’intrigue faussement policière prend fin lorsque les deux anti-héros se retrouvent dans la même cellule, victimes d’un coup monté. Les deux mines patibulaires devront composer l’un et l’autre, jusqu’à l’arrivée de Roberto, qui viendra peu à peu enjoliver leur morne routine. 

L’italien joué par Benigni alors inconnu, ne vit qu’à travers ses récits. Il raconte le meurtre qu’il a commit et ne sera jamais montré à l’écran, raconte son enfance seul face au feu. Sa gouaille, sa joie de vivre et son innocence de façade font de Roberto un personnage imprévisible doté d’un allant sans pareil. Il parle sans arrêt, décrit ce qui l’entoure, clame ce qui lui passe par la tête et trouve ainsi un remède à l’ennui et à la fatalité : se retrouver en prison après avoir accidentellement tué un gars avec un boule de billard sera l’occasion de se faire des copains. Il ne se contente pas seulement de performer son histoire, il est le seul à avoir prise sur sa vie et à ne jamais se laisser abattre. Entre quatre murs, il clame que tout est illusion et entraîne les autres dans son évasion, qui ne sera pas non plus montrée. 

Enfin évadés, nos héros ne recouvrent pourtant pas leur liberté. Les plans s larges donnent l’effet d’une libération retrouvée, mais rapidement frustrée par la dangerosité labyrintique du bayou. A l’image de la cabane qui ressemble étrangement à leur cellule. Dans l’immensité hostile du bayou, Jack et Zack font face à leurs démons. Emprisonnés par le passé, ils ont pour réflexe la survie individuelle et le conflit permanent. C’est autour de Roberto, enthousiaste inlassable qu’ils retrouveront un semblant d’espoir.

Jarmusch ne s’embarrasse pas de détails quant à l’action. Là où un film d’évasion décortique chaque péripétie, il laisse trainer les silences, contemple des corps figés et silencieux pour mieux nous habituer à leur présence et nous attacher à eux. L’action est en arrière-plan, effacée parfois. Elle est un prétexte pour passer un peu de temps avec ce trio. Hitchcock avait nommé en son temps la pâte de lapin, un prétexte pour développer le scénario : l’histoire n’est ici qu’une façon d’intéresser les spectateurs.rices à suivre l’évolution des personnages, et on ne s’en cache pas. Jarmusch efface l’action au profit de ce compagnonnage et nous sert le lapin sur un plateau. “Il a un goût de pneu !” dira Zack, “C’est dégueulasse !” dira l’autre, en riant d’un air complice.

Dans ce second film, Jarmusch peaufine ce qui fera sa pâte : des plans séquences qui captent l’oisiveté, l’ennui et l’introspection, des regards fugaces, des gestes en apparence futiles mais chargés de sens, et des parenthèses bruyantes que les personnages grandiloquents occupent en logorrhées et dialogues absurdes. En faisant l’économie d’effets, Jarmusch fait mouche et capte la poésie quotidienne. 

Nous ne saurons jamais vraiment qui sont ces frères de galères, ni les destinées de Zack et Jack, à l’image des personnages eux-mêmes, qui auront partagé une aventure fraternelle, sans s’attarder sur leur passé ; et même leur avenir reste incertain. Alors que Roberto trouve l’amour sur le chemin, Zack et Jack font leurs adieux sur la route, laissant en suspens leur avenir : à l’Ouest, le Texas et la promesse d’un nouveau départ, à l’Est un retour en arrière. Encore faut-il savoir lequel des sentiers mène vers l’Ouest. Le film se clôt donc sur un pari. 

On aura beau avoir vu la misère, on en retiendra une parenthèse enchantée, où des personnages emprisonnés par leur passé auront trouvé, le temps d’une cavale, une amitié de fortune. Avant de retourner à leur conditions, ou de trouver le salut. It’s a sad and a beatiful world !

Plan culte – Les recommandations

  • O’ brother (Frères Coen)
  • Luke la main froide (Stuart Rosenberg)
  • Un condamné à mort s’est échappé (Robert Bresson)
  • Rome ville ouverte (Roberto Rosselini))
  • Sans retour (Walter Hill)
  • Dead man (Jim Jarmush)
  • Perfect days (Wim Wenders)
  • Tais toi (Francis Weber)
  • The blues brother (John Landis)
  • La vie est belle (Roberto Begnigni)
  • Le procès (Orson Welles)
  • L’épouvantail (Jerry Schatzberg)
  • The Wire – Treme (série)
  • True detective (série)
  • A way out (jeu vidéo)

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