Un film de Brian de Palma
- Durée : 1H38
- Pays d’origine : Etats-Unis
- Date de sortie : 1976
- Genre : thriller psychologique
Obsession est le troisième film véritablement Hollywoodien de Brian de Palma après Soeurs de sang et Phantom of the paradise. C’est aussi celui par lequel il affiche au grand jour son admiration pour Hitchcock, en s’inspirant explicitement de Sueurs froides. Une relecture habile de ce chef-d’œuvre, qui lui permet d’exprimer ses thèmes favoris : le voyeurisme, le double, l’illusion et la manipulation.
Pour certains de ses admirateurs, le film n’est pas le meilleur de Brian de Palma, ni le plus abouti. Les reproches qui lui sont faits sont peu ou prou les mêmes que pour Body double, autre référence hitchcockienne sortie huit ans plus tard : scénario alambiqué, narration bancale et interprétation faiblarde. Des critiques parfois exagérées mais non sans fondement, car l’intrigue d’Obsession est quand même tirée par les cheveux et le casting inégal (si Geneviève Bujold et John Lithgow sont excellents, l’acteur principal, Cliff Robertson, est assez inexpressif).
Mais pour beaucoup, il s’agit là de considérations triviales, étant entendu que les péripéties de l’histoire ne sont nullement la préoccupation première du cinéaste, davantage intéressé par la construction formelle de son film. On le sait, De Palma adore jouer avec le spectateur et Obsession est la première fois où il le fait avec autant de maestria.
La mise en scène est ainsi un modèle de sophistication, avec ses cadrages somptueux, sa photo aux couleurs diffuses et ces morceaux de bravoure dont De Palma a le secret (travelling circulaire, angles de prises de vue décalés, ralenti final, …). Réhaussé par la musique flamboyante et omniprésente de Bernard Herrmann (le compositeur attitré d’Hitchcock), Obsession se lit comme un exercice de style fascinant, un mélodrame morbide dans lequel le réalisateur de Blow out donne libre cours à son imagination baroque et son romantisme pervers.

La critique du Poulpe (par Natan)
L’obsession du cinéma
Attention spoilers !
États-Unis, 1959, le film s’ouvre sur une opulente fête d’anniversaire de mariage dans une riche maison de la Nouvelle Orléans. Y sont introduits les protagonistes, à savoir Michael Courtland, un riche homme d’affaires accompli, sa femme Elizabeth et leur fille Amy, la famille américaine parfaite en apparence. Cependant, l’intrigue va rapidement tourner au drame lorsque la femme et la fille de Courtland sont kidnappées par des criminels afin de demander une rançon (la coquette somme de 500,000 dollars). Michael, sur les conseils de la police, remet aux kidnappeurs une mallette remplie de faux billets et d’un traqueur GPS. Découvrant la supercherie, les malfrats prennent la fuite, au cours de laquelle la femme et la fille de Michael perdent la vie dans un tragique accident de voiture.
Le récit reprend quinze années plus tard, alors que Michael et son associé, Robert Lasalle, se rendent à Florence pour un voyage d’affaires. Michael va alors faire la rencontre de Sandra Portinari, une jeune femme ressemblant traits pour traits à sa femme décédée. Il commence à courtiser la jeune femme sans lui cacher qu’il est troublé par sa ressemblance avec sa défunte épouse. Après le décès de la mère de Sandra, le couple s’envole pour les Etats-Unis afin de se marier.

Alors que Sandra commence à se poser des questions, Michael sombre progressivement dans la folie et l’exaltation à l’approche de leur union. Le jour de leur mariage, Michael découvre une demande de rançon identique à celle reçue quinze années plus tôt, provenant cette fois si de Sandra. Il décide cette fois de donner l’argent, et cède ses parts de son entreprise à Lasalle contre une mallette de billets. On découvre alors que ce dernier est le commanditaire des deux demandes de rançon, souhaitant acquérir la totalité des propriétés immobilières de l’entreprise.
Dans un ultime twist, on apprend que Sandra est en fait Amy, la fille présumée morte de Michael Courtland, et qu’elle souhaite se venger de son père qu’elle tient pour responsable pour la mort de sa mère. C’est pour cela qu’elle s’est associée à Robert afin de d’exproprier Michael. Ce dernier découvre le complot dont il est victime et poignarde son ancien ami et associé, avant d’aller retrouver Sandra à l’aéroport, où elle lui révèle la nature incestueuse de leur relation.
Comme souvent avec De Palma, ce n’est pas par le scénario que brille le film. En effet, c’est ici la mise en scène qui frappe le plus, et on peut déjà y voir les prémices du style si particulier qui fera la renommée du réalisateur.
Parmi les thématiques abordées on retrouve évidemment celle du double, du reflet. Afin d’illustrer cette dualité entre deux des personnages principaux, De Palma a plusieurs fois recours à sa technique fétiche de la demi-bonnette. Comprenez ici une lentille d’objectif coupée en deux, qui permet de filmer deux personnages éloignés et ne se faisant généralement pas face. On peut donc observer les deux sujets de manière nette, malgré qu’ils ne se trouvent pas sur le même plan de profondeur.
La musique joue également un rôle prépondérant dans la narration, si bien qu’on pourrait retirer les dialogues et se laisser porter par les nombreux thèmes musicaux. La justesse de cette bande originale aura d’ailleurs valu à son compositeur, Bernard Hermann (célèbre pour ses nombreuses collaborations avec Alfred Hitchcock) une nomination pour l’Oscar de la meilleure musique de film. L’ambiance sonore alterne entre thèmes religieux (avec usage notamment de chœurs et d’orgue) puis de musique haletante de thriller.
Et pourquoi obsession donc, ou plutôt obsessions, au pluriel ? Celle de Michael tout d’abord, pour cet amour perdu à jamais qu’il s’efforce en vain de retrouver au travers de sa relation avec Sandra. Depuis le drame qu’il a vécu quinze ans auparavant, il n’est plus qu’une coquille vide. Lorsqu’il a enfin une nouvelle chance de revivre cet amour perdu, il s’engouffre dans une illusion, et ne porte en vérité aucun intérêt à Sandra et souhaite uniquement revivre le passé dans lequel il est malgré lui piégé.
Puis son associé qui vient en image miroir, en reflet diamétralement opposé. Il est tourné vers l’avenir, le « progrès ». Ambitieux et obnubilé par l’argent, qui ne semble jamais être suffisant, il est l’incarnation du capitalisme, sans émotions, prêt à tout pour accomplir ses sombres desseins.
Et enfin, peut-être la plus importante des obsessions, celle de De Palma pour le cinéma. On reconnaît dans ce film l’œuvre d’un grand amoureux du cinéma aux inspirations variées. D’abord en hommage direct à Hitchcock, qui l’a profondément marqué plus jeune. Puis également dans le souci du détail qu’il apporte à sa mise en scène, aux détails parsemés le long de l’intrigue permettant aux spectateurs les plus attentifs de pressentir ce dénouement funeste.

Obsession de Brian Palma est donc un thriller dérangeant, entre hommage et innovation. Le spectateur est pris dans un récit où le scénario est parfois un peu délaissé pour confier la narration à des aspects plus formels, tels que la mise en scènes ou encore la musique. Le cinéma hommage de De Palma, qui lui a souvent été reproché par la critique américaine, prends ici tout son sens puisqu’il ne se contente pas de nous livrer un copié collé tiède d’un chef d’œuvre du cinéma, mais bien une proposition à part entière, avec une mise en scène riche et millimétrée. Bien que ce ne soit pas l’œuvre la plus aboutie de De Palma, on y trouve déjà les thématiques qui lui sont chères, et c’est sans aucun doute un film à voir pour les amateurs du genre.
Plan culte – Les recommandations
- Old boy (Park Chan-Wook)
- Rebecca (Alfred Hitchcock)
- Virgin suicides (Sofia Coppola)
- Don’t look now (Nicholas Roeg
- Inferno (Dario Argento)
- Body double (Brian de Palma)
- Blow out (Brian de Palma)
- Phantom of the paradise (Brian de Palma)
- Incendies (Denis Villeneuve)





Laisser un commentaire