DETECTIVE DEE

5–7 minutes

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Un film de TSUI-HARK

  • Durée : 2h03
  • Pays d’origine : Hong-Kong
  • Date de sortie : 2010
  • Genre : action-aventure

Séance Plan culte : mardi 15 septembre 19h30

Figure majeure du cinéma hong-kongais des années 90, Tsui-Hark a connu une carrière inégale. En 2010, après une décevante parenthèse hollywoodienne (les navets avec Van Damme) et quelques échecs commerciaux cuisants, il revient en force avec Detective Dee présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise.

Avec ce Nom de la Rose version chinoise, Tsui-Hark propose du pur cinéma d’aventure, alignant les séquences d’action avec virtuosité, tout en préservant une ligne directrice narrative claire. Comme dans sa série Il était une fois en Chine, le réalisateur mêle habilement fresque historique, grand divertissement et propos engagé, le tout agrémenté de morceaux de bravoures époustouflants (malgré l’abus d’effets numériques).

Avec son casting étincelant et son scénario bien ficelé, le film joue habilement du suspense jusqu’au bout, tout en maintenant l’équilibre entre la reconstitution historique (notamment grâce à un travail minutieux sur les décors et les costumes) et la fantaisie, qui s’exprime à travers quelques touches de surnaturel mais aussi des séquences d’action ambitieuses.

Mélangeant pur serial à rebondissements et rigueur historique, Detective dee rencontra un succès massif, particulièrement en Asie.

La critique du Poulpe (par Victorin)

Tout est chaos, désenchanté

Alors que l’Impératrice Wu Zeitan va accéder au trône, des maléfices troublent le royaume des Tang. Detective Dee est libéré de prison pour résoudre ces crimes. En 2010, Tsui Hark revient sur son genre de prédilection, le Wu Xia Pan1, tout en mêlant polar, intrigue politique et univers fantastique sous fond de fresque historique. 

Dans les années 80, Tsui Hark réalise ses premiers films et contribue à renouveler le cinéma hongkongais, alors sclérosé par des grosses productions frileuses. Avec ses trois premiers films, il initie la Nouvelle Vague et dynamite les codes du cinéma chinois en utilisant des nouvelles méthodes de montage et en s’inspirant du cinéma américain qu’il aura étudié quelques années auparavant au Texas. Sa trilogie du chaos, comme il le nomme lui-même, se démarque par un montage saccadé et une action difficilement lisible, délaissant parfois la cohérence physique et narrative au profit du ressent.

Butterfly Murders, Histoires de Cannibales et L’enfer des Armes ont été censurés autant pour leur violence graphique inouïe que par le nihilisme de leur propos. Tsui Hark se démarque de ses comparses grâce à ses multiples influences : L’enfer des Armes convoque les fantômes de l’Histoire contemporaine chinoise (les répressions du mouvement étudiant de Tien An Men, la récession à venir de Hong-Kong), tandis qu’il reprend le style traditionnel du Wu Xia Pan avec Butterfly Murders. Cette trilogie résume à elle seule ce que deviendra sa filmographie : un cinéma créatif qui saura se renouveler. 

En 2010, le contexte a largement changé. Tsui Hark est un réalisateur ayant fait ses preuves. Bien que sa filmographie soit inégale, il n’en reste pas moins un artiste aux multiples casquettes et influent. Tour à tour scénariste, réalisateur et producteur, il n’a cessé de réinventer son art. La rétrocession de Hong-Kong qui marque le transfert de souveraineté de l’île vers le gouvernement chinois a avancé et semble inarrêtable. 

A partir d’événements historiques, Tsui Hark développe dans Detective Dee des éléments fictifs. Il fait d’un homme politique un détective et ajoute des événements extraordinaires relevant de mystère en apparence insoluble. Ce qui relève au premier abord de la magie, trouve tour à tour une résolution factuelle. Tous les éléments fantastiques sont décortiqués par l’esprit de déduction de Dee. Ainsi, la combustion spontanée n’est pas due à un maléfice jeté par des esprits ancestraux mais par un empoisonnement, la servante et le grand prêtre sont la même personne, et les cerfs ne sont pas doués de paroles. Tsui Hark ne nous laisse toutefois pas seul face à un monde désenchanté : de ces résolutions se construit un monde cohérent et une enquête crédible. Le poison provient d’une infection de l’eau par des cafards, qui sont eux-mêmes des sortes de bombes au contact du soleil ; la servante ne se dédouble pas en grand prêtre, elle utilise l’acupuncture pour modifier son visage ; les cerfs ne parlent pas, Shangguan les dompte et use de ventriloquie pour manipuler Dee. Enfin, fidèles au Wu Xia Pan, la gravité rend leur grâce aux combats et aux scènes de séduction. 

Le film choral prend le temps d’exposer un contexte historique clair et de caractériser sa multitude de personnages. Le récit se construit autour de la dualité de chaque protagoniste, tiraillés entre leur devoir et leurs sentiments, en évitant tout manichéisme. Chacun d’eux doit suivre un objectif irréconciliable avec leurs affects. A la façon d’un Miyazaki, Hark entrechoque leurs individualités et joue sur les parts d’ombres, ne laissant aucun d’entre eux briller ou sombrer pleinement. Il n’y a ni héros, ni nemesis. Ainsi, Dee doit servir celle contre qui il s’était révolté huit ans auparavant, la servante doit empêcher Dee de découvrir les desseins de l’Impératrice malgré les sentiments qu’elle a pour lui. De son côté, Dee est mû par sa quête de vérité : une fois l’enquête résolue, cette quête devient une recherche d’équilibre. Alors qu’il avait conspiré autrefois contre cette régente, Dee fait le pari de réunifier le pays autour de l’Impératrice, quitte à mener son vieil ami vers la mort. La résolution ne se fait pas sans son lot de deuils. Les compagnons d’armes de Dee meurent tour à tour, parfois en conséquence de ses actions. Dee est motivé par la raison et la recherche de vérité. Pourtant la froideur de son raisonnement s’oppose à la force vive de ses émotions : en sauvant Wu Zeitan et la laissant accéder au trône, Dee tombe en larmes, fait le deuil de ses amours perdues et de ses anciennes convictions. 

Loin de ses premiers films suintant le désespoir et l’ironie noir, Tsui Hark semble des années plus tard vouloir insuffler un peu d’espoir et imaginer une Chine réunifiée. Alors que la peur de la rétrocession de Hong-Kong transpirait dans l’Enfer des Armes2, Tsui Hark fait le pari d’une Chine réunie entre le progrès social de Hong-Kong et la droiture d’un gouvernement autoritaire et liberticide. L’Impératrice représente les deux faces du pouvoir : seule femme ayant été au pouvoir, elle représente le changement des mœurs et sa détermination n’a d’égal que l’autorité verticale d’un pouvoir traditionnel. Le chaos est ici maîtrisé et représente moins le « bordel » organisé de ses débuts, avec un scénario alambiqué et de l’action sulfureuse, mais davantage un ensemble d’éléments constituant une confusion générale : les personnages répondent à leurs propres intentions légitimes, à l’image d’une Chine divisée. Avec cette résolution, Tsui Hark propose de réenchanter le monde et d’accepter ce chaos, à la recherche de paix et d’équilibre. 

  1. Film de sabre Chinois ↩︎
  2. Sujet quasi permanent dans la nouvelle vague hong-kongaise ↩︎

Plan culte – Les recommandations

  • Pirates des Caraïbes (Gore Verbinski)
  • Le lac aux oies sauvages (Diao Yi’nan) 
  • Le dernier Empereur (Bernardo Bertolucci)
  • Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki) 
  • Black Dog (Guan Hu)
  • Vivre et chanter (Johnny Ma)
  • Time and Tide (Tsui Hark )
  • L’enfer des armes (Tsui Hark)
  • A touch of zen (King Hu )
  • A touch of sin (Jia Zhangke)
  • Le pacte des loups (Christophe Gans) 
  • RRR (S. S. Rajamouli)

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